Et si on donnait la parole à une femme…

Une femme qui a su faire ses preuves. Une femme qui fait partie des top huit à suivre dans les nouvelles technologies sur Twitter : Marion Hayoun (@loutry).

Eh oui, une femme dans la TECH !

Introduction

Il y a quelques années, on cherchait encore les femmes dans le monde de la technologie ou le numérique. La parité homme-femme était loin d’être un sujet. Aujourd’hui elles sont bien présentes et osent donner leurs avis pour construire le monde de demain, un monde résolument plus paritaire.

Je vous arrête tout de suite ! Ce n’est pas un article pour dénoncer les stéréotypes sexistes ou un de ces discours prônant le féminisme radical. Mais seulement un article qui veut donner de la valeur à toutes les femmes qui travaillent par passion dans un secteur majoritairement masculin. Malgré ces préjugés, elles se sont lancées au-delà de leur zone de confort.

C’est un sujet qui me tient à cœur, moi-même ayant fait des études dans l’informatique.

Elle est l’une des organisatrices des Women Techmakers à Paris et est une des figures importantes du PAUG, communauté des passionnés et professionnels Android de Paris.

Vous voici enfin prêt à lire un retour d’expérience d’une femme développeuse !

Hind Benchaaboun : Avant d’entrer dans le vif du sujet, peux-tu te présenter ? Qui es-tu Marion Hayoun ?

Marion Hayoun : Je suis développeuse Android depuis 2012 et passionnée par mon métier depuis la sortie du petit mobile G1, le premier smartphone commercialisé utilisant l’Android OS que j’avais trouvé incroyable. À l’époque, j’étais encore étudiante, et je faisais partie d’une association l’i’team qui s’occupait de promouvoir les logiciels libres à mon école. Le président de cette association était en même temps impliqué dans le PAUG qui commençait tout juste à se former. C’est grâce à lui que j’ai connu cette association, j’avais trouvé ma voix et le monde pro s’ouvrait à moi.

Hind : Membre du PAUG, tu organises aujourd’hui la Women Techmaker depuis deux ans à Paris, événement fédéré par Google dans le monde. Comment en es-tu arrivée là ? Qu’est-ce que ça t’apporte ?

Marion : Au PAUG, on organise principalement des meetups tous les mois et chaque année UN gros événement, rassemblant tous les passionnés et curieux de l’Android en France « Android makers ». Je suis d’ailleurs une des seules femmes de l’équipe organisatrice. Pour cette raison, il y a deux ans, j’ai été invitée à participer à la Women Techmaker lead summit Europe à Berlin, événement invitant les Women Techmaker leads et les femmes organisatrices de conférences des GDG (Google Developers Groups). Ce programme a pour but de promouvoir la diversité dans le monde de la Tech et pousser les femmes à s’identifier à toutes celles qu’ont réussi à surpasser la peur de la scène. À l’époque, j’étais l’une des rares femmes organisatrices de GDG en France, j’y suis surtout allée par curiosité. Je voulais rencontrer différentes personnes venues des quatre coins du monde et qui partagent la même passion. L’idée de parler à des femmes faisant la même chose que moi, et en qui m’inspirer, me donnait l’impression de pouvoir changer le monde. Je me suis lancée !

Hind : Parfois il suffit d’une simple action pour changer le déroulement de sa vie. C’est donc bien cet événement qui a marqué ton envie de t’engager dans la communauté des Women Techmakers. J’ai eu l’occasion d’y assister il y a deux ans dans les locaux de Google, et je t’en félicite ! C’était une journée marquée de rencontres et d’échanges très intéressants. C’est tout de même rare de se retrouver dans des conférences parlant de technologie avec un public majoritairement féminin. On se sent moins seules !

Hind : On fait un bond arrière ? Et si on parlait maintenant de ton expérience en entrant dans le monde professionnel ! Aujourd’hui il y’a de plus en plus de femmes dans la tech mais loin d’être à parité, est ce que tu le ressens au quotidien ? Comment le vis-tu ?

Marion : C’est vrai que les gens commencent à vouloir faire bouger les choses ces derniers temps. Les entreprises ou même les organisateurs d’événements cherchent à créer une harmonie à ce niveau. Malheureusement, le manque d’équilibre se fait toujours ressentir. D’ailleurs, j’ai une petite anecdote par rapport au dernier événement WTM que nous avons organisé juste avant Android Makers. Nous avons choisi exprès de mettre en avant son nom “ WOMEN Techmakers at Android Makers: pre-event”. Logiquement, on pourrait croire que ce sont majoritairement les femmes qui s’y sont inscrites en premier. Ce n’était absolument pas le cas. Nous avions une parité de 50/50 parmi les inscriptions. On a alors décidé de repousser notre deadline, nous ne souhaitions pas refuser des participantes si l’événement venait à être plein. Au final, plus de femmes se sont inscrites un peu tout les jours. L’idée derrière était d’ouvrir les portes aux femmes pour qu’elles aient un “ safe space ” comme on dit. On peut souvent ne pas se sentir à notre place dans des événements entouré à plus de 80% d’hommes. Finalement, cette expérience nous donnait raison. Les femmes ne manquent pas dans notre secteur, il leur faut juste un petit coup de pouce pour se mettre en avant.

Hind : En effet, aujourd’hui on trouve des femmes dans la technologie et pas des moindres : des femmes qui savent se faire entendre et faire valoir leurs opinions. Mais dans le passé, as-tu déjà ressenti ce déséquilibre lors d’une expérience pro ?

Marion : À ce niveau, lors de l’une de mes premières expériences, j’ai eu la chance d’intégrer une entreprise d’une dizaine de personnes, dont le directeur était très féministe et tenait à l’idée que les femmes aient leur mot à dire. Malgré tout, j’étais la seule femme de l’équipe. On partageait nos locaux avec d’autres entreprises toutes aussi dans le monde de la technologie. Encore une fois, trop peu de femmes étaient présentes. Il m’est même arrivé de constater que pendant plusieurs jours, la seule femme à qui je parlais était la boulangère, le soir quand j’achetais mon pain ! Si je ne faisais pas en sorte de voir mes amies… des femmes, j’en croisais très rarement ! Pour certaines, ça ne peut poser aucun problème mais moi je le ressentais. La solitude et l’isolement étaient présents dans mon quotidien. Je me souviens encore, au tout début, j’avais 20 ans et un matin, j’ai réalisé “Ah ouais !! c’est ça le secteur que j’ai choisi pour mon avenir! Ça risque d’être marrant !“ Pour être honnête si je n’étais pas passionnée par ce que je faisais, j’aurai pu abandonner. Je penses maintenant aux femmes qui ont vécu la même chose ou qui le vivent encore et pensent à laisser tomber. Aussi douées soient elles, je suis sûre qu’on en a perdu sur la route à cause de ça. Le problème n’est pas dû au fait que je n’appréciais pas mon équipe parce que c’était des hommes, mais il y a des fois, où l’on sent un décalage au niveau des discussions du quotidien, lors des déjeuners ou les échanges aux pauses cafés. À l’époque, ça faisait déjà quatre ans que je faisais du développement Android, j’avais envie d’avoir autour de moi des collègues avec lesquels j’aurai pu avoir autre chose en commun que le boulot. Au bout d’un moment, ça en devient lassant de se sentir différente.

Hind : As-tu déjà vécu une situation où tu as subi une injustice ? Une différence de comportement ? Ou même une expression mal placée ou involontaire ? Si oui comment as-tu réagis ?

Marion : J’ai participé à pas mal d’événements où j’ai pu discuter avec pas mal de personnes. Mais il y a une question qui me tracasse particulièrement : “ Ah mais tu es développeur ? “ Plus le temps passe, moins je suis ouverte à l’entendre et à la prendre à la rigolade. Les gens ne sont pas malintentionnés, mais ils ne se rendent pas compte des implications d’une telle question et des conséquences que ça peut avoir. Cette petite question laisse sous entendre que je ne ressemble pas à un développeur. Involontairement, c’est me demander pourquoi j’ai fais ce choix, comment donc en suis-je arrivé là ?

C’est très subtile, mais justifier qu’on est dev, surtout lorsqu’on est débutant, peut remettre en question nos choix et peut provoquer des questions plus profondes: est-ce vraiment ce qu’on voulait faire de notre vie ? C’est le cas pour tout secteur et non seulement dans la tech. D’ailleurs, qui sait combien de personnes se sont re-orientées parce qu’elles ne sentaient pas adéquat dans ce milieu…

Hind : Il est bien là le problème à mon avis, beaucoup de personne ne se sentent pas à l’aise dans un milieu où l’on est minoritaire. On est la différence, on sort de l’ordinaire et ça peut déranger. Sans parler de l’aspect intellectuel qui reste indéniable, je suis curieuse de savoir, quelles sont, selon toi, les valeurs ajoutées que les femmes peuvent apporter à la Tech ?

Marion : Pour moi c’est dans les deux sens, c’est moins une question d’équilibre homme/femme à ce propos mais plus une question de diversité dans une équipe qu’est importante. Au plus on est différents, au plus les échanges sont intéressants. Imagine qu’on soit tous pareils avec les mêmes opinions, c’est compliqué d’avancer !

Mais si je devais répondre à cette question précisément, au risque d’être cliché, je dirais que les femmes ont beaucoup d’empathie dont parfois certaines équipes manquent. Être dans une team qui a de la puissance d’écoute est pour moi, un point qui pèse dans la balance. Les impacts qui peuvent en découler ne peuvent être que très positifs !

Hind : Je suis complètement d’accord, et je ferai même le parallèle avec le voyage. Plus on rencontre de personnes de différentes cultures et d’horizons, plus on élève le débat. Quelque part on est plus ouverts d’esprit et ça permet de comprendre plus de choses et se poser plus de questions.

Pour rester dans le même contexte, à ton avis, comment s’affirmer en tant que femme leader ? Et comment ne pas se laisser influencer par quelqu’un ?

Marion : Pour répondre à cette question, je dirais que ce qu’il nous manque, à nous les femmes dans la tech, ce sont les rôles modèles. Pouvoir s’identifier à des personnes qui ont réussi des projets et qui sont fier de partager leur Success Story est important. À partir de ce moment là on n’hésite pas à entreprendre la même chose, on n’hésite pas non plus à demander conseil en chemin. Ce que je voudrais partager aujourd’hui, et ce sera mon conseil du jour “n’ayez pas crainte de demander de l’aide. N’ayez pas crainte de vous trouver un mentor qui puisse vous guider ! Vous n’êtes jamais seules”. Être capable de se retourner vers les bonnes personnes pour nous accompagner et nous pousser vers l’avant est pour moi un atout imbattable. J’ajouterai également que demander de l’aide ne signifie pas qu’on est vulnérable.

Hind : Je te remercie pour ce témoignage et pour conclure cet article, je te poserai une dernière question. Que faut-il pour qu’une femme se sente à sa place dans la tech ?

Marion : Être soit même :) Ce qu’il y a de magique avec le monde de la technologie c’est qu’il est accessible à tous et il regorge de communauté et d’individus divers et variés ! Pour trouver sa place, je pense qu’il faut également trouver ces individus et/ou communautés qui nous aide à donner le meilleur de nous même et respectent qui on est. Faites vous donc ces amis là, ceux qui sauront vous soutenir, vous et le travail que vous faites. Même s’il faut chercher et avoir un brin de chance parfois, ça vaut la peine d’être téméraire. Ce que vous trouverez alors est ce qu’on appelle un “support system”. Et lorsqu’on partage les mêmes valeurs, toute l’énergie que vous investissez dans votre travail de tous les jours, vous lancer dans des nouvelles aventures etc… TOUTE cette énergie vous sera bénéfique. On travaille dans un secteur qui définit et améliore les usages de demain, on devrait tous pouvoir y contribuer :)

Hind : Chaque personne a sa place à partir du moment où elle l’a choisi. Femme ou Homme, nous avons tous les capacités d’atteindre nos objectifs. Mettons-y du cœur et soyons heureux ! Ne cherchons plus à blâmer la différence mais soyons fiers de l’avoir.

Ma revendication en tant que Femme, c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin.
— Simone Veil.

Un commentaire sur cet article

  1. T

    Tafo Kevin, le jeudi 20 décembre 2018 à 13:45

    Super article! Bravo.

    Tu mets en avant le retour d’expérience d’une developpeuse expérimentée qui a débuté dans ce monde très masculin bien avant tous ces changements visibles que nous voyons aujourd’hui. Je pense que Marion Hayoun fait partie de ces profils rares qui vont permettre aux femmes Tech d’aujourd’hui et demain d’etre plus confiante plus nombreuses et plus à l’aise dans ce monde tech

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