Le Web des gens

À un moment dans l’histoire de l’humanité, il t’a été permis de choisir à quoi pouvait ressembler un petit bout de web.

Et cette possibilité existe toujours !

Tu peux toujours créer un site. Ton coin du Web.

Internet est tellement ancré dans notre quotidien qu’on oublie ce qu’on peut faire avec…

Une simple adresse peut guider n’importe où.

Tu peux choisir où cette adresse va.

C’est à toi de construire ce qui s’affiche à cette adresse.

Ensuite, tu n’as qu’à partager cet endroit avec qui tu veux.

C’est vraiment cool quand on y pense, non ?

Des histoires de gens sur le Web

Guybrush et la bande de jeunes

Page d'accueil du site Lexpage

Belgique, 1996, un adolescent au pseudo de Guybrush crée un site personnel qui parle de ses diverses passions (le jeu vidéo, le cinéma, la programmation, etc.).

Justement, une de ses passions, le jeu vidéo, va le mener à rencontrer d’autres passionnés, comme lui, sur des chats en ligne. Passionnés qui vont lui proposer d’écrire des articles. Il accepte et le site personnel devient alors « Lexpage », un site communautaire, peuplé surtout de jeunes de moins de vingt ans qui discutent de l’actualité, de trucs insolites, d’un peu de tout.

Ils organisent même des challenges liés aux mathématiques et la programmation, et des paris parfois divisés en saisons, sans argent, juste pour s’amuser, sur le sport, la bourse, la politique.

Eliness et son espace personnel

Direction la France, en 2004 c’est Eliness, une adolescente qui crée un espace personnel « Hypothermia », un « Pêle-mêle d’introspections, expositions et échanges ». Un blog qu’elle considère à la « croisée entre miroir, vitrine et vitrail ».

Elle y parle de ses découvertes, des dernières séries ou films qui l’ont marquée, ou pas d’ailleurs. De ses voyages et aventures, des aléas de sa vie, de ce qu’elle pense de telle ou telle chose.

Ce n’est pas un affichage malsain destiné à gonfler l’égo, mais plutôt un partage sincère, avec ses joies, ses doutes, ses contre-temps… dans lequel on peut se retrouver et, l’espace d’un instant, se sentir compris, compatir ou partager quelque chose en commun, et pourquoi pas lancer une discussion par la suite dans les commentaires ?

« Hypo est comme une maison virtuelle, un sanctuaire. L’endroit où je me retrouve, où j’ai l’impression de construire quelque chose. Tout aussi minime qu’il soit dans l’immensité du Web : c’est mon foyer sur la Toile. » — Eliness

Anthony et les blogs musicaux

Page d'accueil du site The Hype Machine

Direction New York en avril 2005. Anthony Volodkin, 19 ans, constate qu’il n’a pas découvert de nouvelles musiques depuis plusieurs mois. Il écoute toujours les mêmes musiques ou celles de ses amis.

Lui, ce qu’il veut c’est découvrir de nouveaux artistes !

Poussant les recherches un peu plus loin, il se rend compte qu’il y a tout un tas de blogs écrits par des passionnés de musique pendant leur temps libre, sur lesquels ils partagent leurs morceaux favoris. Il décide de créer Hype Machine, un site qui agrège les découvertes des blogs musicaux à un seul et même endroit.

Hype Machine permet alors de découvrir de nouvelles musiques qui ne sont pas diffusées en radio ou à la télé et le site permet aussi de découvrir des blogs musicaux correspondants à ses goûts.

Bref, les amoureux de musiques de tous horizons, qu’ils écoutent ou qu’ils partagent, y trouvent leur compte.

An et la suite de MySpace

On est maintenant en Allemagne, en 2020. An est jeune, il n’a que 18 ans, pourtant il entend beaucoup parler par ses amis plus âgés sur Internet d’un ancien réseau social : MySpace.

Il n’a pas connu ce site, il était encore enfant quand ce réseau social était à la mode, mais après des recherches approfondies pour comprendre ce qu’était MySpace, en utilisant archive.org et YouTube, il se rend compte qu’il n’existe pas de site semblable aujourd’hui, de réseau social où tout le monde peut être aussi créatif et personnaliser en profondeur sa page (avec du bon vieux HTML/CSS).

Il décide de créer SpaceHey, un clone de MySpace, ou plutôt une suite. Parce que si SpaceHey ressemble beaucoup à MySpace, le site ne se contente pas d’être une simple copie ! Au contraire, des fonctionnalités qui n’existaient pas sur MySpace font leur apparition comme, par exemple, une fonctionnalité de groupe public ou privé pour discuter de ses passions ou d’un sujet précis.

Le point commun entre toutes ces personnes ?

Elles ont créé quelque chose dont elles avaient besoin. Qui faisait sens pour elles. Dont elles avaient envie.

Elles ont relié un nom de domaine au lieu qu’elles ont construit et qu’elles auraient aimé trouver. Toutes n’ont pas forcément eu une idée précise de ce qu’elles voulaient faire, mais elles ont toutes commencé quelque chose. Le lieu s’est construit petit à petit, avec le temps.

À cet endroit, elles y ont invité d’autres personnes. Des personnes qui partageaient quelque chose de similaire et qui avaient besoin d’être rassemblées, comprises.

Et tu sais quoi ?

En 2021, tous ces endroits du Web existent toujours et sont vivants !

Lexpage est toujours là, toujours maintenu par Guybrush qui est aujourd’hui trentenaire.

Page d'accueil actuelle du site Lexpage

La communauté de geek de Lexpage a beaucoup moins de membres qu’au début des années 2000, mais cette communauté s’est transformée avec le temps pour devenir une bande de potes du Web qui se retrouvent chaque année, en France ou en Belgique, pour visiter des villes, discuter, manger et faire des soirées jeux de société.

Eliness continue son blog, Hypothermia, qu’elle améliore et bonifie avec le temps (d’ailleurs, je suis assez admiratif sur le travail qui a été fait sur l’apparence et l’organisation générale).

Page d'accueil du blog Hypothermia

Elle y partage toujours ses introspections, ses découvertes. Et elle rencontre et échange avec d’autres blogueurs ou lecteurs. De ses propres mots, « (Hypothermia) m’a permis de découvrir des personnes merveilleuses et ne cesse d’étendre mes horizons&Nbsp;! »

L’étudiant de 19 ans qui avait lancé un agrégateur de blog musicaux, Anthony, s’occupe toujours de Hype Machine, qui est devenu son travail à plein temps. Il a même été rejoint par deux autres personnes.

Page d'accueil actuelle du site Hype Machine

Les trois membres de l'équipe du site Hype Machine

Photo : Victoria Masters

Cette petite équipe est supportée par plus de trois mille personnes qui font un don mensuel et qui apprécient grandement le service rendu par le site « Dès que j’ai découvert Hype Machine, je suis tombé amoureux. J’ai pu trouver de la musique que personne n’avait encore entendue. Je découvrais des artistes dont j’ignorais l’existence et qui sont rapidement devenus mes préférés », raconte caseybills, un utilisateur du site.

SpaceHey vient de fêter sa première année d’existence. An est toujours derrière et une belle communauté l’a rejoint, composée de nostalgiques comme de nouveaux venus, d’horizons et de passions différentes.

Page d'accueil du site SpaceHey

Le site est très actif et il y a régulièrement des nouveautés. D’ailleurs, An a organisé un événement pour le premier anniversaire de SpaceHey en appelant les artistes à envoyer une création (visuelle, textuelle, sonore…) en s’inspirant de cette phrase « Que signifie SpaceHey pour vous ? – Visualisez SpaceHey ». Les utilisateurs ont répondu nombreux en envoyant des montages photo, peintures, poèmes, musiques. Accompagné d’un dessin une utilisatrice écrit « J’ai rencontré tellement de personnes merveilleuses sur SpaceHey et c’est incroyable de pouvoir rencontrer autant de gens formidables et de pouvoir créer son profil qui montre vraiment sa personnalité. »

Et ce n’est qu’un extrait…

Maciej Cegłowski, un artisan dans l’ombre de Yahoo!. Mais c’est une autre histoire…

On entend souvent dire que le Web est mort. Je pense qu’il s’est transformé, mais qu’il existe encore plein de belles choses à l’intérieur, plein de créativité. C’est juste caché…

Peu importe les grosses plateformes avec qui il faut aujourd’hui cohabiter, on peut toujours créer comme avant sur le Web. Il suffit de le faire !

Et je pense que ça vaut le coup !

Quand une personne décide de créer quelque chose, elle entraîne plein d’autres personnes dans son sillage. Alors, il y a des beaux moments, de beaux échanges et de belles rencontres qui naissent.

J’entends que la solitude est très présente aujourd’hui, eh bien je pense que le Web est un formidable moyen de se connecter à d’autres personnes !

« Mes livres, mes expositions, mes conférences, certaines de mes meilleures amitiés, tout cela existe parce que j’ai mon propre petit coin de paradis sur Internet. » — Austin Kleon

La possibilité est toujours là !

Certains ont utilisé cette possibilité avant, d’autres l’utilisent toujours aujourd’hui.

Des sites se sont créés avant, d’autres se créent aujourd’hui.

Le Web est vivant et pour étendre un peu ton horizon, voilà ce que tu peux faire avec un site :

Ce que tu peux faire avec un site

Tous ces sites existent !

Et il y a encore plein de sites à créer ! Plein d’idées à développer ! Plein d’idées à reprendre, à remixer !

Et bien sûr, plein de belles rencontres et échanges à venir 🙂

Tu as juste besoin d’un peu d’espace sur un serveur et relier ça à un nom de domaine pour que ta création existe !

« Ce que nous avons tendance à oublier, c’est que l’architecture de base du Web est la même qu’il y a des décennies » — Kenneth Goldsmith

Pourquoi un site ?

C’est vrai ça, pourquoi un site ?

Tu pourrais très bien faire un compte Twitter ou Instagram ou bien une chaîne Twitch.

On trouve aussi plein de créativité sur ces plateformes !

Voilà pourquoi j’aime les sites :

  • Ça permet d’être indépendant. Tu es chez toi. C’est toi qui décides de ce que tu peux faire. Il n’y a pas d’entreprise pour te dicter des règles. Pas de risque de se faire bloquer ou bannir, pour des raisons obscures ou accidentelles, avec quasiment aucune possibilité de recours.
  • Ça permet une énorme personnalisation. Un site web, c’est une feuille blanche au départ. Tu peux décider à quoi il va ressembler, les couleurs utilisées, s’il y a un menu ou pas, la taille du texte, grosse ou petite ? Quelles vont être ces fonctionnalités, etc.
  • Ça permet de faire beaucoup mieux certaines choses que d’autres formats. C’est souvent difficile de rechercher dans les posts d’un utilisateur d’un réseau social (Twitter, Instagram…) alors qu’avec un site la recherche est beaucoup plus simple et peut être vraiment très précise. C’est aussi plus facile d’organiser et de trier de l’information (par exemple pour faire de la curation). Ce sont des exemples parmi d’autres de ce que peut mieux faire un site qu’un autre format.

Tu as carte blanche.

C’est ton endroit, tu en fais ce que tu veux.

Et justement, je crois que c’est pour ça que j’aime les sites internet :

C’est ton endroit, tu en fais ce que tu veux.

Et ton endroit peut aussi être un refuge, un lieu commun, un endroit que tu partages avec d’autres personnes.

En introduction, je disais que tu choisis ton adresse et tu peux choisir où elle va, vers quel type de construction.
Plutôt une maison ? Un immeuble ? Une cabane ? De quelle couleur ? De quelle taille ? Qui sera invité dans cette construction ?

Tu as la liberté de créer un endroit et de choisir son aménagement, son ambiance, etc.

Et c’est cool non ?

Page d'accueil du site Leihu

Jolie non ? (Leihu)

Comment te lancer sur le Web ?

Je ne peux pas te laisser sans t’avoir donné quelques pistes pour lancer ton site (oui, parce que j’espère vraiment que tu vas créer un site après avoir lu cet article ☺️).

« Je ne vais pas avoir le temps de m’en occuper ! »

Je ne connais pas ta vie, peut-être qu’elle est déjà bien chargée et que rajouter un site serait un peu trop.

Mais souvent je croise des gens qui ont trop de culpabilité à ne pas pouvoir poster d’articles régulièrement.

« J’ai seulement posté deux articles cette année. »

Du coup, il y a une forme de pression qui naît autour de ça, qui leur donne encore moins l’envie de bloguer « parce que ça fait tellement longtemps que je n’ai rien posté ». Et puis au final ils abandonnent.

C’est dommage !

Tu n’as pas à être productif.

Tu n’es pas Slate, tu n’as pas à poster trois articles par jour, ni un par semaine, ni même un tous les mois !

Un site ça peut se construire avec le temps. Sur 5 ans, 10 ans, 20 ans, 40 ans… (et il y a des tas d’exemples).

Si tu t’en occupes un petit peu chaque année pendant 10 ans, avec des moments où tu es plus actif, parce que tu as plus de temps, que tu es plus « dans le truc ». Eh bien je suis sûr qu’au bout de 10 ans, tu auras créé quelque chose. Probablement quelque chose que tu aimes. Et il y aura sûrement de belles choses qui auront découlé de ça !

Là je parle de poster des articles, mais c’est pareil même si ton site ne contient pas d’articles. 😉 Tu peux t’en occuper en apportant un petit quelque chose de temps en temps. 😉

Il ne faut pas être en mode « Tout ou rien », mais plutôt « Un petit peu, c’est déjà quelque chose ».

Ne cherche pas à faire un beau site.

Fais le site que tu as envie de faire.

Il n’y a pas de normes à respecter, pas de standard qui dit à quoi ton site devrait ressembler, pas de rythme de publication à respecter.

N’oublie pas ce que tu veux faire : un endroit où tu te sens bien, sur lequel tu as du plaisir à t’exprimer, partager, travailler, jouer, ou faire je ne sais quoi.

Comment faire connaître mon site ?

Parles-en autour de toi (amis, inconnus, personnes qui sont dans le même trip que toi).

Tu n’as pas besoin de faire de la promotion, juste à donner l’info aux autres que ton site existe.

Ça ne coûte rien d’en parler quand l’occasion se présente et le bouche-à-oreille existe toujours, peu importe l’année à laquelle on vit ou les réseaux sociaux à la mode du moment.

Tu peux aussi tenter de m’envoyer l’adresse sur Piradex (mon petit annuaire web) si ça me plaît je la posterai. 😉

Il existe d’autres annuaires web, webring (que tu peux trouver ici).

C’est aussi une bonne chose de tenir une page où tu listes tes blogs/sites préférés. Ça permet de découvrir de nouvelles adresses et ça permet de se faire découvrir. C’est bon pour tout le monde !

Ok, et CONCRÈTEMENT comment je me lance ?

Maintenant il ne te manque qu’un nom de domaine (chez Gandi ou Porkbun par exemple), un peu d’espace sur un serveur (chez O2Switch ou chez un CHATONS par exemple) et un logiciel pour créer ton site (WordPress, Publii ou mmm.page par exemple), à moins que tu veuilles le créer à la main en HTML/CSS et pourquoi pas avec un peu de PHP ? (Il y a plein de tutos sur internet 😉)

(Et si besoin : il existe encore plein d’autres solutions.)

Le Web t’attend !

J’ai hâte de voir ce que tu vas créer avec. 😉

5 commentaires sur cet article

  1. Moko, le vendredi 24 décembre 2021 à 09:52

    Qu’est-ce que ça fait du bien de lire des billets comme ça :)
    Merci pour ce (petit) cadeau de Noël (juste) avant l’heure !

  2. QuentinC, le vendredi 24 décembre 2021 à 13:58

    Bonjour,

    Que de nostalgie… Moi aussi, mon tout premier site date de 2001 ! Sauf que j’en ai très peu gardé pour pouvoir le raconter. Alors bravo à eux.

    Quoi qu’il en soit, ça fait chaud au coeur de découvrir de charmantes contrées qui n’ont pas encore succombé aux sirènes des réseaux sociaux. ON y croit encore, à ce bon vieux web des années 2000 !

    Joyeux Noël !

  3. Yannick VOYEAUD, le vendredi 24 décembre 2021 à 16:49

    Mon site date de 1999.
    Je l’ai fait pour mettre à disposition des données de relevés de cimetières que j’ai ensuite transféré sur https://francegenweb.org/cimgenweb dont j’ai ensuite laissé la gestion à une bénévole de FranceGenWeb.
    En lieu et place j’ai mis à disposition des bases de données de relevés de dépôt d’archives et de bibliothèque.
    J’ai du mal aujourd’hui à rajouter du nouveau contenu. Je viens, avec de l’aide, de modifier le code pour passer en php8 et je ne me vois pas créer de nouvelles pages avec ce nouveau langage.

    Il est vrai que ce web là a quasiment disparu au profit de FB et Twttr.
    Les CMS et les blogs sont apparus et ont eux aussi contribué à l’invisibilité des pages web faites à la main. Les pages étaient plus légères car on pensait à ceux qui avaient peu de bande passante (hé oui il y avait encore du 56k). L’ensemble de mon site pèse 549Mo avec pas loin de 2500 fichiers, images inclues. Les données pèsent 32Mio.
    Comme disait Charles les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

    Passez de bonnes fêtes
    Amitiés

  4. Stéphane Deschamps, le mardi 28 décembre 2021 à 13:57

    Un régal, cet article.

    (Voilà, je n’ai rien de plus à dire, sauf que ça rejoint l’attachement que nous partageons avec quelques autres gens du web depuis longtemps, et youpi !)

  5. Yann Faurie, le vendredi 31 décembre 2021 à 17:09

    Merci de continuer à parler de cet état d’esprit ! Premier site avec un éditeur de texte en 97. J’ai eu la chance de connaître de belles communautés comme Yizen sur Paris dans les années 2000. Ou des sites comme Graphigroups qui ont donné de belles rencontres IRL. Des forums. IRC. Etc.
    Ce web est bien toujours là, même s’il est noyé sous les couches de plateformes propriétaires.
    Longue vie au web :-)

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