Comment devenir mentor m’a aidée à retrouver le goût du code

Développeuse web depuis sept ans j’avoue ressentir parfois de l’ennui dans mon travail. Routine, impression de ne plus apprendre grand-chose, il m’arrive de coder un peu machinalement et d’oublier la passion de mes débuts.
Dans ce cas-là ce qui me fait retrouver le goût du code c’est d’apprendre aux autres. Aider un·e collègue sur un bug, lui expliquer un concept, avoir cette sensation d’avoir été utile à quelqu’un·e.

J’ai toujours aimé apprendre et apprendre aux autres. J’ai donné des cours de soutien au lycée, des cours d’informatique en freelance et j’ai pu manager quelques collaborateurs. En 2020 j’ai eu l’occasion de devenir enseignante vacataire pour des étudiant·es en DUT Métiers du multimédia et de l’internet. Ce ne sont que quelques heures de cours par an mais qui me permettent néanmoins de casser un peu ma routine de développeuse.

Lorsque j’ai appris que le site OpenClassrooms fonctionnait avec des mentors j’ai tout de suite été intéressée. Je suis une ancienne ardente utilisatrice du site du zéro et ai toujours gardé une certaine affection pour ce site malgré ses évolutions. OpenClassrooms propose aujourd’hui des formations complètes et certifiantes. Les mentors, rémunéré·es, sont chargé·es de guider les étudiant·es dans leurs parcours. Après quelques années de réflexion (oui j’ai mis du temps pour oser franchir le pas), en manque de motivation, dans un boulot qui ne me correspond pas trop, je décide de postuler pour devenir mentor.

Comment je suis devenue mentor

Le processus de recrutement

OpenClassrooms diffuse de temps en temps des offres de mentor au même titre que des offres d’emploi sur une plateforme dédiée. Je suis restée à l’affût des offres pendant quelque temps attendant une offre de mentor pour le parcours « développeur web ». Lorsqu’une offre est arrivée j’ai sauté sur l’occasion et envoyé CV et lettre de motivation. Deux jours plus tard j’avais déjà une réponse et on m’invitait à passer un test technique sur codingame. Je suis plus intégratrice que développeuse front ces dernières années donc je n’étais pas tout à fait sereine pour être honnête. Et finalement, avec un peu de concentration, et en allant chercher dans mes souvenirs de cours d’algorithmie, tout s’est bien passé. Je réussis le test et j’apprends que ma candidature est validée deux jours plus tard. Un processus de recrutement qui aura pris quatre jours au total, je suis ravie. J’envoie les documents administratifs nécessaires, je signe un contrat puis je deviens mentor officiellement une dizaine de jours plus tard.

Un début sur les chapeaux de roues

La date est importante car je pars en week-end prolongé à ce moment-là. Je sais que je suis mentor sur le parcours « Développeur web ». Il mêle intégration web, développement front-end avec React mais aussi développement backend avec Node.js. Et autant les deux premiers sujets je les maîtrise, ou du moins j’y suis familière pour React, autant le Node.js je ne l’ai que très peu pratiqué, lorsque j’étais étudiante essentiellement. Mais j’aime le défi et je me dis que je regarderai les cours OpenClassrooms, que je prendrai le temps d’analyser les projets des étudiant·es. Et puis c’est l’occasion aussi de monter en compétence, non ? Sauf que du temps je n’en aurai pas. Alors que je suis tranquillement en train de pagayer sur le lac du Bourget on m’assigne mon premier étudiant, je ne verrai le mail que deux jours plus tard. Et dans le train du retour, la panique. Je découvre mon étudiant que je dois normalement contacter « dans les 48h », soit là maintenant tout de suite, dans le TGV en direction de Paris-Gare-de-Lyon. J’essaye de dépiler les mails, à base de « session de découverte », de « guides mentor », de tutoriels, cours à suivre et conférences en ligne sur le rôle de mentor. Mais pourquoi je me suis lancée là-dedans ?! Je me sens totalement dépassée et je me dis déjà que je n’y arriverai pas.

Dans l’immédiat je fais ce que je peux, je lis l’ensemble des mails, quelques documents et je contacte mon étudiant. Je prévois une session le mercredi suivant en me disant que ça me laissera le temps de me documenter. La session aura lieu à 8h30, quarante-cinq minutes de session hebdomadaire avant de commencer ma journée de salariée. En télétravail à cette époque, cette organisation ne devrait pas trop chambouler mon programme, juste me faire décaler un peu mon réveil.

Mes premiers pas en tant que mentor

À la découverte de mes mentorés

Le mercredi matin, je suis devant mon ordinateur, feignant d’être une experte du parcours en question. C’est faux bien sûr, je le préviens tout de suite qu’il est mon premier mentoré mais j’évite de lui dire qu’en mon for intérieur je ne suis pas sûre d’être qualifiée pour être mentor. J’essaye de suivre les étapes pour réaliser correctement la session de découverte et je découvre le profil de mon premier étudiant. En reconversion après avoir travaillé dans le bâtiment, il est attiré par le monde du web, qui semble lui offrir des conditions de travail optimales et la possibilité de faire du télétravail. Je suis un peu étonnée par le fait qu’il semble plus attiré par les conditions qu’offre le métier de développeur plutôt que par le code en lui-même.

Dans la foulée de cette session, on m’attribue un deuxième étudiant (comment ça ? Déjà ?!). J’apprends très vite que je peux choisir le nombre d’étudiant·es que je souhaite accompagner. Je le bloque donc tout de suite à deux, c’est déjà bien assez de stress à gérer pour le moment. Je cale une session le vendredi à 8h30. J’accueille donc un deuxième étudiant, qui après avoir travaillé dans le monde de la radio souhaite devenir développeur. Il est déjà un peu initié au code et, comme mon précédent élève, est attiré par le fait de pouvoir exercer ce métier de chez lui.

Prise en main du parcours

Ouf les premières sessions sont passées. Je prends le temps de suivre le cours d’OpenClassrooms sur le rôle de mentor plus en profondeur. Je découvre également le parcours et les projets que les étudiant·es doivent réaliser. Les cours OpenClassrooms sont optionnels, l’étudiant·e est jugé·e sur sa capacité à réaliser un certain nombre de projets. Il y a des projets d’intégration, d’optimisation SEO et accessibilité, de JavaScript Vanilla, la création d’une API avec Node.js et Express et celle d’une application front avec React. J’apprends également que l’étudiant·e peut changer de mentor quand il ou elle le souhaite sans avoir à se justifier et je peux également laisser la main à un autre mentor si je ne me sens pas capable de l’accompagner sur un projet. Ça me rassure, au pire je resterai sur mes domaines de prédilection.

Je démarre donc mon aventure en tant que mentor à raison de deux séances de mentorat de quarante-cinq minutes par semaine. Je continuerai à caler ces sessions à 8h30, avant de démarrer ma journée de travail. C’est parti pour six mois d’accompagnement.

Vis ma vie de mentor

Six mois pour accompagner mes deux premiers mentorés

Le parcours développeur web durant six mois, cela me laisse le temps de regarder en amont les projets suivants et plus complexes qui sortent un peu de mes compétences. Je suivrai moi-même les cours OpenClassrooms associés aux projets et j’accompagnerai finalement mes étudiants sur l’ensemble de leur parcours. J’aurai un étudiant pour qui tout roule, je l’aiderai ponctuellement via Discord au cours de sa semaine mais il sera globalement assez autonome.

Pour l’autre cela sera compliqué. Je sens qu’il a du mal à intégrer les notions que je lui explique, j’ai l’impression qu’il me dit qu’il a compris alors que pas du tout (vous savez quand vous n’osiez pas dire à votre prof de maths au bout de la troisième explication que vous n’aviez toujours pas compris). Bref, je ne suis pas sûre qu’il réussisse à compléter son parcours.

Au bout de six mois mes deux étudiants valident pourtant finalement l’ensemble de leurs projets. Il leur reste à passer le jury final mais mon travail à moi s’arrête ici. De mon côté je n’ai pas de nouvelle de mes étudiants à moins qu’ils décident de m’en donner ; ils m’apprendront finalement qu’ils ont tous deux obtenu leur diplôme (ce qui me laissera légèrement perplexe sur le niveau assez hétérogène des étudiant·es sortant·es).

Je prendrai une petite pause à ce moment-là. Les une heure et demie de sessions de mentorat par semaine se calent assez bien avec mon emploi du temps mais j’ai un peu enchainé les cours, les projets en plus de mon boulot et je suis fatiguée même si très contente de l’expérience. Je ne souhaite pas arrêter pour autant, ces une heure trente par semaine ayant été des véritables bouffées d’air frais dans mon quotidien, légèrement morose à cette période, de développeuse.

Deuxième round, et un accompagnement sous haute tension

Je décide de réouvrir deux places de mentorat une fois reposée. Je change de travail à ce moment-là et je devrai composer avec plusieurs jours de présentiel sur Paris. Néanmoins on m’assigne deux étudiants et je planifie en général une session un soir de la semaine et une autre à ma pause déjeuner. J’aurai là encore un étudiant qui comprend tout très vite et pour qui je n’aurai pas grand-chose à faire à part le guider un peu, le débloquer parfois et répondre à ses questions.

Et j’en récupèrerai un, légèrement abandonné par son mentor. On se démènera pendant cinq mois pour essayer de rattraper son retard. Le tableau de bord d’OpenClassrooms affiche un pourcentage d’avancement et jusqu’au bout il affichera au moins 10 % de retard, de quoi mettre une légère pression à l’étudiant. J’y passerai bien plus que quarante-cinq minutes par semaine, à raison de sessions de correction, d’envois de messages sur Discord et de sessions de mentorat parfois largement rallongées. Rien ne m’y oblige, et je ne suis pas rémunérée pour ce travail supplémentaire, mais dans son cas les seules sessions hebdomadaires n’auraient pas suffi et je me sens investie d’une mission, je veux l’aider à réussir. Son parcours étant pris en charge par Pôle emploi il n’a que six mois et pas un jour de plus pour le valider sauf s’il décide de mettre la main au portefeuille. Il passe sa dernière soutenance de projet le dernier jour de son financement et valide finalement l’ensemble de ses projets : mission accomplie !

Bilan après un an et demi de mentorat

Le parcours de développeur web et les compétences des étudiant·es

Cela fait désormais un an et demi que j’ai débuté cette aventure de mentor. J’avoue que j’étais un peu sceptique par la possibilité pour des étudiant·es de se former à distance, avec les cours OpenClassrooms et avec un seul suivi de quarante-cinq minutes par semaine. Alors évidemment tout n’est pas parfait, loin de là, mais j’ai été agréablement surprise par certains aspects. L’un des projets consiste à améliorer un site existant et notamment son accessibilité. Si je ne suis pas fan du cours OpenClassrooms qui aborde le sujet cela permet néanmoins à des développeur·euses novices d’entendre parler d’accessibilité très tôt dans leur parcours.

Le parcours d’ailleurs est régulièrement mis à jour. Entre mes deux premiers et deux derniers étudiants, certains projets ont changé, d’autres ont été ajoutés afin de s’adapter aux avancées de certaines technologies ou de plus ou moins travailler une compétence en particulier.

Les projets vont en se complexifiant mais on ne néglige pas les bases : HTML et CSS notamment. Sur ce point d’ailleurs j’aurai des étudiants qui comprendront en quelques jours comment réaliser une application React mais qui auront toujours du mal à régler certains bugs visuels. Je me rends compte que ma spécialisation en intégration est bienvenue en tant que mentor : ce qui pêche le plus c’est l’HTML et le CSS. Faire une intégration responsive, qui s’adapte à du contenu dynamique est loin d’être une compétence acquise. L’intégration ne serait donc pas si simple que ça ?

Que sont-ils devenus ?

Et pour l’après ? Sur mes quatre étudiants, un seul a trouvé un boulot en CDI pour l’instant, en complétant son parcours par une formation de type bootcamp. Les étudiants ont souvent en tête l’image d’un·e développeur·euse qui travaille d’où il ou elle veut avec un salaire confortable et souvent à son compte. En vérité avec une formation de ce type, je pense que cet objectif est compliqué à atteindre, en tout cas au début. J’ai l’impression que le marché pullule de ce genre de profils de développeur·euses, très juniors, alors que les entreprises ont du mal à recruter des seniors. Cela dit j’avais parfois peur de n’aider qu’à former de futur·es chômeuses et chômeurs, ce qui n’est heureusement pas le cas.

Bilan personnel

De mon côté, devenir mentor m’a permis de gagner en compétence. J’ai eu besoin de m’auto-former et j’ai eu un étudiant, particulièrement curieux, qui me posait parfois des questions assez poussées. Je me suis retrouvée à leur envoyer des conférences, des articles, des podcasts et partager une passion que je pensais un peu perdue. J’ai eu l’impression de me revoir étudiante, quand j’ai découvert le code, que j’avais envie d’essayer toutes les technos et que j’étais super excitée à l’idée de commencer un nouveau projet. Légèrement lassée par ma routine de développeuse, mes étudiants m’ont insufflé un vent de fraicheur. Recevoir des remerciements parce qu’un étudiant comprend une notion, valide son projet ou son parcours donne naturellement du sens à cette activité de mentor.

Pas convaincue d’être assez qualifiée au début, j’ai pris confiance en moi et je peux dire aujourd’hui que je suis fière d’avoir accompagné ces étudiants. Que ce soit via OpenClassrooms ou d’autres plateformes, si vous en avez l’occasion, n’hésitez plus : mentorez !

Un commentaire sur cet article

  1. Aurelie, le mardi 26 décembre 2023 à 14:12

    Bonjour et merci pour ce partage d’expérience. Je me retrouve beaucoup dans ton témoignage. « L’intégration ne serait donc pas si simple que ça ? » » ca m’a tué :-D tellement vrai…
    Belles fêtes de fin d’année !

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