Recette pleine de saveur pour foirer votre projet web.

Parce qu’il n’y a pas que la réussite dans la vie, « Superfail » ne s’intéresse qu’à l’erreur, l’échec, la catastrophe.
« Superfail » parce que ça n’est pas si facile de réussir à échouer…

C’est par ces mots que commencent les épisodes de l’excellent podcast Superfail.

Et ils sont particulièrement adaptés à cet article dédié – vous l’aurez deviné – à l’échec des projets web (et plus particulièrement aux raisons de ces échecs).

À la fin de votre lecture, vous saurez comment foirer votre projet web en beauté.

Pourquoi vous voudriez faire cela ? Parce que c’est teeeeeeeellement plus simple que de le réussir, pardi !
Vous en doutez ? Laissez-moi vous le prouver.

Avant de commencer, laissez-moi vous poser une question : avez-vous déjà subi un projet web foireux ?
Vous savez, celui qui vous met la boule au ventre et en vient à vous faire douter de vos compétences (et de celles de vos collègues) ? (Et fait perdre un max d’argent au client au passage !)

Non ? Comme je vous plains ! Vous ne savez pas à côté de quoi vous passez !

En suivant pas à pas cette recette, vous goûterez aux délices de l’échec et des projets qui ont coûté un bras, mais ne tiennent pas sur une jambe…

Rassurez-vous : pas besoin d’être un chef 3 étoiles. Au contraire, plus vous êtes novice plus ça sera facile pour vous.

Ingrédients de base :

Pour foirer correctement votre projet il vous faut :

  • un client ;
  • un projet de création ou de refonte de site web ;
  • un ou plusieurs prestataires.

Voici quelques conseils pour bien choisir vos ingrédients :

  1. Préférez un client bordélique qui n’a aucune idée de ce qu’est un projet web.
  2. Favorisez les projets avec des ambitions fortes et peu de budget et/ou un planning très serré.
  3. Fuyez les professionnels avec de l’expérience, qui ont l’habitude de travailler ensemble, avec une méthodologie rodée.

Vous verrez, cela fera ressortir considérablement le goût de votre échec.

C’est bon ? Vous avez vos ingrédients de base ?
C’est parti :

Étape 1 : Ne faites pas de brief

Rédiger un brief (ou pire : un cahier des charges) nécessite de passer de longues heures à se poser des questions comme :

  • Quels sont les objectifs du projet ?
  • Quelles sont les cibles ?
  • Quelles vont être les fonctionnalités ?
  • Quel est le contexte juridique ?
  • etc.

Bref, de quoi se faire plein de nœuds au cerveau et passer de longues heures en réunion.

À la place, contentez-vous d’un simple « J’ai besoin d’un site web ». Éventuellement, prenez un exemple de site au hasard et dites « Je veux ça. ».

Après tout, c’est le boulot de l’agence de savoir ce qu’elle doit faire ! C’est pour ça qu’elle est payée !

Et puis, un brief, ça bride l’imagination.

Point de vigilance : vu que vous n’avez pas défini d’objectifs, sur un malentendu, vous pourriez réussir. Et donc rater votre échec. Un comble !
Pour éviter cela, fixez des objectifs flous ou inaccessibles.

Variante pour prestataire en quête d’échec
Votre client a fait l’effort de rédiger un cahier des charges ? Ignorez-le.
Franchement, qui est-il pour vous dire ce que vous devez faire ?

Étape 2 : Favorisez la télépathie comme moyen de communication

Pour réussir un projet web, la communication est un facteur clé.

Mais, franchement, pourquoi faire l’effort de prendre son téléphone ou d’envoyer un mail alors qu’il s’agit de penser très fort à quelque chose pour que toute l’équipe soit au courant ?

La télépathie présente des avantages non négligeables :

  • Vous venez de penser à une nouvelle fonctionnalité ? Hop, la cheffe de projet est déjà au courant. Pas besoin de détailler, elle se débrouillera.
  • Vous aurez du retard dans la livraison ? Ne perdez pas de temps à l’expliquer à votre client, il le sait déjà.
  • Les dévs ont fini de coder la fonctionnalité ? Pourquoi prévenir le reste de l’équipe ? Ils vont bien s’en douter !
  • Vous ne pourrez pas venir à la réunion que vous avez organisée ? Plus besoin de prévenir !

Que de temps gagné avec la télépathie ! Temps que vous allez pouvoir mettre à profit pour soigner les étapes suivantes.

Le petit plus : c’est un moyen de communiquer particulièrement écologique. Vous contribuez à l’échec de votre projet ET à la sauvegarde de l’humanité. Royal ! C’est bon pour votre bilan RSE ça !

Mon conseil pour plus de saveur : ne structurez pas trop votre pensée et n’essayez pas de vous faire comprendre. Cela vous prendrait plus de temps pour échouer.

Étape 3 : Faites travailler la famille ou les amis

Pourquoi payer une bande d’inconnus alors que votre petite cousine – qui « touche un peu » – peut faire le site pour pas cher ?

Franchement, payer une agence, c’est pour les winner. Ceux qui veulent réussir.
Nous, on veut échouer !

En plus, même pas besoin de faire un contrat ou une convention. Pas de ça entre nous !

Mon conseil pour plus de saveur : laissez votre direction négocier avec son réseau et ne cherchez surtout pas à savoir ce qui a été négocié. Restez le plus possible dans le flou.

Variante possible
Vous n’avez personne dans votre entourage en capacité de prendre en main votre projet ?
No problemo. Testez ceci :

  1. Allez sur Codeur.com ou Facebook et publiez une annonce pour votre projet. Soyez le moins précis possible. N’oubliez pas que pour réussir son échec, le flou est votre principal allié !
  2. Choisissez le prestataire le moins cher et qui pose le moins de questions. Favorisez les freelances qui font tout eux-mêmes, c’est plus pratique. Ou qui sont situés à l’autre bout du monde. Ou les deux.
  3. Pour les papilles les plus exigeantes : changez de prestataire en cours de projet. N’hésitez pas à renouveler l’opération plusieurs fois pour toujours plus de saveurs.

Étape 4 : faites preuve de mauvaise foi

Le web ce n’est pas votre métier. Mais vous avez payé. Alors lâchez-vous ! Critiquez à tout-va les propositions qui vous sont faites.

Ne perdez pas de temps à argumenter, votre temps est bien trop précieux !

Critiquez, retoquez, contredisez-vous !
Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour faire traîner le projet et lui faire perdre tout son sens.

Mon conseil pour plus de saveur : N’hésitez pas à demander des fonctionnalités supplémentaires en cours de route. Laissez parler vos envies et votre créativité, vous verrez ! Cela relèvera considérablement le goût de votre échec.

Bien sûr, refusez tout avenant ou devis supplémentaire. N’oubliez pas que vous devez faire preuve de mauvaise foi. Être honnête pourrait vous mener sur la voie de la réussite.

Variante pour prestataire en quête d’échec
Surtout, prenez bien soin de traiter toutes les demandes de votre client. Même les plus aberrantes et contradictoire. Même si elles vont à l’encontre du bon sens et de toutes les règles de qualité web.

N’oubliez jamais que le client, parce qu’il paie, est roi. Et qui êtes-vous pour oser lui dire non ?

Étape 5 : ne payez pas trop vite les factures

Même si vous avez réussi à négocier un super deal avec une freelance couteau-suisse à Bangkok vous allez quand même devoir mettre la main au portefeuille.

Quand vous recevez une facture, ne tenez pas compte du délai légal de paiement. Faites traîner les choses au maximum : perte du RIB, erreur de la banque, impossibilité de faire un virement…

Soyez créatif !
Si besoin, blâmez la compta, elle est là pour ça !

Mon conseil pour plus de saveur : les prestataires basés à l’étranger (et surtout hors union européenne) vous offriront un panel d’excuses plus large :

  • votre banque ne reconnaît pas le RIB de ce pays ;
  • le taux de change ne vous est pas favorable ;
  • votre transfert est bloqué par la douane ;
  • etc.

Pas besoin que ce soit crédible, vous cherchez juste à gagner du temps. Ici aussi, la mauvaise foi peut vous être utile !

Étape 6 : laissez mijoter autant que possible

Le temps est un facteur important dans la réussite de votre échec.

Il y a deux écoles :

  • la première favorise une cuisson rapide et puissante ;
  • la seconde prend bien le temps de faire mijoter, pour un échec plus tendre.

Personnellement je suis un adepte la seconde.
Plus votre projet traîne (compter au minimum 1 an), plus il perd de sens et démotive les différents intervenants.

Et cela vous laissera plus de temps pour parfaire votre art de la mauvaise foi et de la contradiction.

 

Voilà, vous avez la recette pour réussir un échec aux petits oignons.
Ne tardez pas à la mettre en œuvre dès que possible dans vos projets. En échec aussi il est important de pratiquer régulièrement, au risque de se rouiller et de réussir !

Les ingrédients proposés ici sont ceux que j’ai sélectionné personnellement au cours de mes expériences, et de celles de personnes rencontrées sur ma route.

Vous avez une recette encore plus onctueuse ? Faites-le-moi savoir en commentaire !

Vous préférez réussir votre projet web ? C’est simple : il vous suffit de faire l’inverse de ce qui est expliqué dans cet article.
Mais franchement, qui a envie de réussir ? C’est tellement plus compliqué ! (Même si c’est quand même vachement plus satisfaisant…)

2 commentaires sur cet article

  1. Sans_Dec, le vendredi 10 décembre 2021 à 08:33

    Merci pour ce sourire matinal. :)
    Dans la série des projets foirés, il y a aussi le client qui fait un brief (graphique, notamment) en totale contradiction avec ce qu’il veut vraiment. Ce qui donne des retours furax du client qui nous reproche d’avoir foiré la télépathie ou la voyance en ne faisant pas ce qu’il pense nous avoir demandé.

  2. Laurent Naudier, le dimanche 12 décembre 2021 à 15:21

    @Sans_Dec

    Merci pour ton commentaire.
    Effectivement, celle-là n’est pas mal non plus ^^

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